Comment choisir entre les abeilles et les betteraves ?

J’ai voté pour donner la possibilité d’une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes pour venir en aide au secteur de la betterave sucrière.

La responsabilité de cette décision politique rend compte de la complexité du sujet. Ne nous arrêtons pas aux solutions simplistes !

En effet, la question est bien plus complexe que « pour ou contre la biodiversité » ou « pour ou contre les néonicotinoïdes ». Nous sommes tous contre les néonicotinoïdes !

En 2016, la France a voté la fin de ce pesticide. L’Union européenne a, elle, permis des dérogations qu’utilisent plusieurs États européens. Nous avons mis en place une interdiction sans pour autant en mesurer les conséquences. Et surtout, le gouvernement précédent et les députés qui ont voté cette interdiction, ont cru qu’il suffisait de faire cela pour faire disparaître le puceron vert qui donne la maladie de la jaunisse à la betterave.
Aujourd’hui, nous avons à régler un problème. Nous nous retrouvons face au besoin de déroger, de manière transitoire, pour accompagner la filière dans sa transformation nécessaire.
Et j’aurai préféré ne pas à avoir à faire ce choix ! Choisir entre les abeilles ou les betteraves !! Choisir entre les abeilles ou des emplois !!

Les betteraviers ont dû faire face cette année à une épidémie de jaunisse qui a entraîné une perte de rendement de 20 à 40 %.

J’aurai bien évidemment souhaité qu’il existe des alternatives efficaces afin de pallier cette épidémie, sans aller jusqu’à voter en faveur d’une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes. Mais force est de constater que malheureusement, aucune alternative fiable (utilisation de coccinelles, plantations de haies entre les cultures pour éviter la propagation) ne peut répondre à cette urgence sanitaire.

Le choix des cultures pour l’année prochaine se fait dès aujourd’hui : si les betteraviers décident d’abandonner la culture de la betterave même une année, la filière sucre associée est immédiatement fragilisée et pourrait disparaître alors qu’elle touche 46 000 emplois, dont 25 000 agriculteurs et 21 sucreries. De fait, l’indemnisation des agriculteurs n’était pas la solution, bien qu’elle ait été envisagée, puisqu’elle entraîne des effets à très court terme sur la filière.

La disparition de notre filière sucrière entraînerait une hausse des importations d’autres pays dont les encadrements environnementaux sont plus faibles qu’en France, qui utilisent eux les néonicotinoïdes.

Cela augmenterait notre dépendance et réduirait donc notre souveraineté alimentaire.

Les choses doivent être bien claires : Le principe d’interdiction d’utilisation des néonicotinoïdes demeure. Il ne s’agit pas d’une autorisation mais d’une dérogation strictement encadrée.

En Commission du développement durable, nous avons apporté des avancées. Le texte initial était trop large :
• nous avons limité son champ d’application à la betterave, qui est une culture sans floraison
• nous avons demandé la création d’un comité de suivi pour la recherche et mise en œuvre d’alternatives avec un budget de 7 millions d’euros
• nous avons demandé une limitation de la dérogation à 2022; ce qui n’a malheureusement pas été retenu.
Un plan de protection des pollinisateurs sera en plus mis en place.

Pour toutes ces raisons, j’ai voté oui à ce projet de loi. Il était beaucoup plus simple de voter non, d’autant plus qu’e dans le Tarn, il n’y a pas de culture betteravière. Cette décision difficile, je l’ai prise en pleine connaissance de cause et sachant les remous que cela allait entrainer. Croyez-moi, ce n’est pas avec enthousiasme et engouement que je me suis prononcée en faveur de cette dérogation, au contraire. Cependant, la dérogation m’apparaît, dans le contexte actuel, la décision la plus adaptée pour répondre aux besoins d’une filière.

J’ai la conviction d’avoir pris la décision la plus raisonnable eu égard aux circonstances particulières rencontrées par la filière des betteraves.

Si ce vote « pour » la dérogation, n’a pas été facile à prendre je l’assume pleinement. Le courage politique nous pousse à nous prononcer parfois dans des sens impopulaires : notre responsabilité n’est pas de choisir la simplicité mais de rendre compte de la complexité des solutions. Nous ne devons pas opposer économie et écologie. »

Bien cordialement,

 

Marie-Christine Verdier-Jouclas

Députée du Tarn

 

Vidéo de Marie-Christine Verdier-Jouclas, députée du Tarn (5 octobre 2020)

 

Comment choisir entre les abeilles et les betteraves ? Je répondrai à toutes vos questions que susciteront cette vidéo.

Publiée par Marie-Christine Verdier-Jouclas sur Lundi 5 octobre 2020

 

Néonicotinoïdes : la députée Lrem du Tarn Verdier-Jouclas « en colère d’avoir à choisir entre les abeilles et les betteraves » (La Dépêche du Tarn, 9 octobre 2020) :cliquez ici

 

Article de presse de Pascal Canfin, député européen Renew Europe (7 octobre 2020)