Contre la haine, la violence et les discriminations

Ces dernières semaines, de nombreuses violences, agressions verbales et discriminations ont eu lieu dans le cadre des manifestations du week-end, contre les élus et sur le web. Dans cet article, j’ai tenu à revenir sur plusieurs faits :

  • Le rassemblement contre l’antisémitisme, le 19 février, qui a eu lieu dans toute la France
  • L’agression antisémite contre Alain Finkielkraut, sociologue et philosophe, le samedi 16 février
  • La tribune que j’ai cosignée avec un collectif de 245 parlementaires, le 26 janvier, contre la haine, les violences et les discriminations vécues sur le web et les réseaux sociaux

Le rassemblement contre l’antisémitisme

Le mardi 19 février, nous étions tous rassemblés pour dire « Non » à l’antisémitisme et à toute forme de haine qui s’exprime à l’encontre d’une religion, d’une culture ou d’une catégorie sociale.

Ce rassemblement organisé dans toute la France était également l’occasion de dire que nous sommes unis dans la différence et que la violence à l’égard des juifs n’a aucunement sa place au sein de la société.

Le vivre-ensemble et le respect sont deux valeurs fondamentales de notre République française qui ne doivent aucunement laisser leur place aux esprits malsains et malveillants.Ne rien banaliser, ne rien laisser passer : c’est la responsabilité de chacun d’entre nous.

 

Le jeudi 20 février, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé la création d’une proposition de loi visant à lutter contre la haine à l’égard des juifs sur le web. Cette loi est portée par Laetitia Avia, députée de Paris, et elle renforcera le combat contre l’antisémitisme en augmentant la pression sur les acteurs d’internet pour qu’ils retirent les contenus appelant à la haine. Des associations antisémites et racistes sont également dissoutes (Bastion social, Blood et Honour, Combat 18…) et une étude sera lancée dans les établissements publics scolaires touchés par la déscolarisation des enfants juifs.

 

L’agression d’Alain Finkielkraut

Le samedi 16 février 2019, Alain Finkielkraut, sociologue, a été pris à partie par un groupe de manifestants, à Paris, dans le cadre de la mobilisation des gilets jaunes.

Cela fait plusieurs fois que je regarde cette vidéo et à chaque fois j’ai la chair de poule ! Quoi qu’on pense des idées d’Alain Finkielkraut, ce que je peux dire c’est que je n’ai pas de mots assez forts pour condamner cette violence verbale. J’ai honte de ces Français qui se disent Français et qui insultent un juif en lui disant de rentrer chez lui et qu’il n’est pas chez lui en France. Il faut que cela s’arrête, c’est insupportable.

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, la haine conduit à la violence, voilà l’équation. » Averroès

 

Une tribune cosignée et publiée dans le journal « Le Monde » contre la haine et la violence en ligne

 

Le 26 janvier 2019, avec un collectif de 245 parlementaires, j’ai cosigné une Tribune, publiée dans le journal Le Monde, et rédigée par Hugette Tiegna, députée de la 2ème circonscription du Lot, contre la haine, les violences et les discriminations vécues sur le web et les réseaux sociaux.

De nombreuses insultes sont diffusées sur le web, par des internautes et des sites internet malveillants. En tant que Député(e)s, et élu(e)s de la nation, nous en sommes régulièrement les victimes. Il est tant que les grandes entreprises du web (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) prennent leurs responsabilités et se saisissent de ce sujet afin de limiter ces propos abjects.

 

Retrouvez, ci-dessous, la Tribune publiée dans le journal Le Monde :

« Chimpanzé analphabète », « sodomite judéo-communiste », « grosse truie noire », « juif visqueux », « gros nègre de merde », « la bassine à foutre judéo-nègre », « youpin perfide »….
Ces mots, d’une rare violence, sont ceux du site internet raciste, antisémite, sexiste, islamophobe, négationniste, homophobe et xénophobe : « Démocratieparticipative ». Créé en 2016, ce site ouvertement néonazi, dont le nom fait honte au fait démocratique, a multiplié les articles débordant d’injures immondes visant de nombreux citoyens, et des personnalités publiques. Très connu sur la fachosphère, ce site abject, bénéficie d’une audience inquiétante.

Le 27 novembre 2018, le tribunal de grande instance de Paris a pourtant ordonné le blocage du site internet en France, après avoir ordonné début octobre 2018 à neuf fournisseurs d’accès à Internet français de rendre impossible l’accès à ce site depuis la France. Nous avions alors unanimement salué cette démarche puissante, rare et courageuse.

Toutefois, malgré la procédure engagée, l’action des services de cybercriminalité de la Gendarmerie nationale et la coopération des fournisseurs internet, « Democratieparticipative » est depuis quelques jours de nouveau en ligne. Un simple changement de nom de domaine ainsi que d’hébergeur ont permis de contourner l’interdiction. Ce faisant, le site se retrouve désormais hors de portée de toute juridiction européenne, et il devient difficile, de fait, de le poursuivre efficacement. Pire encore : son créateur pourra malgré les condamnations, toujours contourner l’interdiction en enregistrant le site sous une nouvelle extension et en répétant le procédé à chaque nouveau référé.

Ce n’est pas la première fois qu’un site ou qu’un contenu d’un site disparait pour mieux réapparaitre. En 2005, déjà, le lendemain du filtrage d’un site négationniste ordonné par la Justice, on retrouvait dix sites « miroirs », qui reprenaient le contenu incriminé.

Trop souvent, beaucoup d’énergie est dépensée dans la lutte contre ces sites, pour un résultat nul, voire négatif si l’on considère la publicité faite au contenu.

Malgré notre consternation et notre indignation, nous sommes plus que jamais déterminés à trouver des solutions pour endiguer le phénomène inquiétant de la haine en ligne.

Ainsi, nous sommes prêts à faire évoluer la législation française sur la question. En effet, depuis trop longtemps, notre droit court après la technologie et les contournements y sont trop nombreux et trop faciles.

Nous sommes déterminés à faire avancer le sujet au niveau européen et sur la scène internationale. Il est temps de réfléchir à un nouveau système de régulation international et européen par rapport aux plateformes de l’internet.

Nous avons la volonté, enfin, d’associer à la réflexion les acteurs de l’Internet, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Depuis longtemps, ils ont montré leur capacité à agir sur des contenus pédopornographiques ou sur les atteintes au droit d’auteur. Nous les sollicitons pour que nous trouvions, ensemble, des solutions afin d’agir sur des contenus haineux.

Nous, parlementaires, élus de la Nation, sommes malheureusement régulièrement victimes de ce genre de propos. Toutefois, nous disposons de moyens, qu’ils soient juridiques, politiques ou médiatiques, pour lutter contre cette violence, cette stigmatisation et cette persécution.

En revanche, beaucoup de nos concitoyens reçoivent ces injures comme des insultes personnelles et se terrent dans le silence, imaginant qu’ils ne peuvent rien faire.

Dans un monde qui nous confronte au quotidien à la haine de certains, et qui tendrait à neutraliser nos émotions, sous l’effet de la redondance de cette violence, il nous appartient, en tant qu’élus responsables, en tant que citoyens engagés, de préserver notre capacité à nous indigner. Nous nous devons d’être le relais auprès des jeunes générations, afin qu’à leur tour, ils puissent s’élever contre la violence des mots.

Nous le devons aux victimes quotidiennes de ces propos.

Huguette Tiegna et les Député(e)s LaREM